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Pourquoi les baleines viennent dans l’estuaire du Saint-Laurent ?

Explicatif des phénomènes physiques et biologiques de la présence des baleines face à Tadoussac.

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Figure 1. Les zones du Saint-Laurent

On retrouve de nombreuses baleines dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent (figure 1). Mais pourquoi est-ce un endroit de choix pour ces magnifiques mammifères ? Bien que l’on puisse penser que c’est pour la beauté des paysages, les baleines viennent visiter les Québécois et les nombreux touristes attroupés pour la simple et bonne raison qu’il y a beaucoup de nourriture pour elles, et ce principalement à la tête du chenal Laurentien, soit au large de Tadoussac.

À la base, le krill

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Figure 2. Un krill nordique, Meganyctiphanes norvegica

Le krill est un petit crustacé de quelques centimètres qui ressemble à une crevette (figures 2 et 3). Il y a plusieurs espèces de krill dans les différentes mers du globe. Malgré sa petite taille, il est à la base de la chaîne alimentaire des baleines. Les baleines à fanons (mysticètes) le mangent directement en filtrant d’énormes quantités d’eau, alors que des poissons, dont les capelans, se nourrissent de krill avant d’être à leur tour une proie pour des baleines.

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Figure 3. Regroupement de krill

Pour vous donner une idée de la quantité de krill nécessaire pour nourrir les baleines présentes dans le Saint-Laurent, sachez qu’un rorqual bleu de 100 tonnes doit manger 2 à 4 tonnes de krill par jour afin de satisfaire ses besoins énergétiques. Il faut donc une quantité phénoménale et en continue pour nourrir toutes les baleines. À l’été 1994, des quantités allant jusqu’à 100 000 tonnes de krill ont été détectées à la tête du chenal Laurentien. Ce qui fait que le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent renferme la plus riche agglomération de krill du Nord-Ouest de l’Atlantique.

Le krill se nourrit de phytoplancton, des algues microscopiques, et parfois de zooplancton, des animaux tout aussi microscopiques. Pour se nourrir et se protéger, le krill effectue des migrations verticales dans la colonne d’eau. Le jour, le krill se cache de ses prédateurs dans les eaux profondes et la nuit, il remonte vers les eaux de surface pour se nourrir.

Les agrégations de krill

On retrouve de grandes concentrations de krill là où il y a une forte productivité biologique. La plupart de ses régions se retrouvent dans les eaux froides des mers polaires. Le climat dans ces régions entraîne le déplacement des masses d’eau, ce qui fait que l’eau froide des profondeurs remonte, en amenant avec elle des minéraux accumulés en profondeur. Il y a alors enrichissement des eaux de surface, où la lumière est présente, ce qui favorise la prolifération du phytoplancton, qui est la base de la plupart des chaînes alimentaires des océans.

Une telle remontée d’eau froide se produit à la tête du chenal Laurentien, dans la partie amont de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, soit entre Tadoussac et les Grandes-Bergeronnes. Une couche d’eau très froide qui se situe entre 40 et 150 mètres de profondeur et riche en minéraux remonte vers la surface et les régions peu profondes de l’estuaire moyen, grâce à la topographie de la tête du chenal et aux courants de marée. La tête du chenal forme un cul-de-sac topographique ou un mur, où les courants de marées des eaux profondes qui se dirigent vers l’amont du chenal viennent frapper, ce qui crée des remontées d’eau (figure 4). Ces courants de marée, quant à eux, peuvent atteindre plus de 10 km/h et produisent des phénomènes physiques intenses, dont de la turbulence.

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Figure 4. Le cul-de-sac de la tête du chenal Laurentien

Les eaux de surfaces sont ainsi mélangées aux eaux profondes, se refroidissent et s’enrichissent en sels minéraux. Cependant, les forts courants entraînent rapidement ces eaux nouvellement enrichies en aval, soit vers l’estuaire maritime et le golfe. La tête du chenal Laurentien est donc une source importante d’éléments nutritifs pour la productivité biologique du Saint-Laurent, mais les conditions physiques qui y règnent empêchent une production locale importante de phytoplancton et de zooplancton. La productivité importante de plancton se fait donc en réalité dans la partie aval de l’estuaire maritime et dans le golfe.

Mais alors, comment peut-il y avoir beaucoup de krill face à Tadoussac, si les conditions physiques ne permettent pas la production importante de phytoplancton ? Cela s’explique par la stratification des eaux du Saint-Laurent et par la migration verticale du krill.

La stratification du fleuve

Les eaux de l’estuaire du Saint-Laurent, à partir de l’estuaire maritime, sont divisées en 3 couches (figure 5) :

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Figure 5. Stratification et circulation des eaux du Saint-Laurent

- La couche superficielle, de 0 à 25 m, est faite d’eau chaude (0 à 14°C) et relativement douce (salinité de 25 à 31 parties pour mille). Cette couche légère se dirige vers l’Atlantique.

- La couche intermédiaire, de 25 à 150 m, est très froide (-1 à 2 °C), salée (32 à 33 parties pour mille) et est donc plus dense que la couche de surface. Elle est aussi très riche en éléments nutritifs. Elle est formée localement en hiver par un mécanisme de convection et par le rejet des sels lors de la formation des glaces. Le mouvement de cette couche fait qu’elle remonte vers l’amont du fleuve, c’est-à-dire qu’elle va du golfe vers l’estuaire moyen. C’est principalement cette couche qui frappe le ‘’mur’’ de la tête du chenal et remonte à la surface.

- La couche profonde, de 150 à 450 m, est froide, mais plus chaude que la couche intermédiaire (2 à 5°C), elle est très salée (33 à 35 parties pour mille) et est pauvre en oxygène. C’est sa forte salinité qui fait qu’elle est plus dense que la couche intermédiaire. Elle arrive du plateau continental Atlantique et il lui faut de 5 à 7 ans pour arriver à la tête du chenal.

La migration du krill

Comme il a été dit plus haut, la production de krill se fait principalement dans l’estuaire maritime et dans le golfe du Saint-Laurent. Lors des longs jours d’été, le krill passe la majorité de son temps en profondeur, pour se protéger des prédateurs. Comme les eaux des profondeurs sont lentement pompées vers l’amont du chenal Laurentien, le krill est lentement amené vers le cul-de-sac topographique formé par la tête du chenal. Ce voyage dure 1 an ou 2, ce qui fait qu’on ne retrouve que du krill adulte dans cette région. Les petits crustacés sont alors pris dans le mouvement de remontée d’eau profonde, mais comme ils sont de bons nageurs, ils luttent pour demeurer en profondeur le jour. C’est ce qui provoque le processus d’accumulation, qui attirent les poissons et les baleines. Lorsque les adultes pondent leurs œufs, ceux-ci sont évacués avec une partie des sels nutritifs vers le golfe, où ils peuvent croître tranquillement.

Ailleurs dans le Saint-Laurent

Il y a d’autres zones d’agrégations importantes de planton et de krill dans le Saint-Laurent. Ce sont aussi des sites où l’on retrouve plusieurs espèces de mammifères marins qui viennent s’y alimenter. Le long de la côte Nord, il y a un upwelling : les vents dominants de l’ouest chassent les eaux de surface ce qui provoque la remontée des eaux froides et profondes le long de la côte. Il y a une autre zone d’accumulation à la pointe de la péninsule gaspésienne, mais son mécanisme n’est pas encore connu. Et puis, à la pointe ouest de l’île d’Anticosti, il y a un courant giratoire anti-horaire qui a lui aussi un rôle important dans la production et la rétention du krill et du capelan.

Références

Baleines en direct : http://www.baleinesendirect.net/

Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Krill



Marie-Eve THEROUX,
date de publication : 14 avril 2008,
date de dernière mise à jour : 15 février 2013


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