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Introduction à l’étude de la résilience paysagère des récifs sous-marins de Moorea, (Polynésie française) :

Dans un contexte de réchauffement climatique globale, de pollutions diverses dues aux différentes activités humaines et de l’augmentation des constructions d’infrastructures dénaturant les côtes polynésiennes, nous nous apprêtons à réaliser une étude sur l’évolution de 52 paysages coralliens du lagon entourant l’île de Moorea, Polynésie française.




Domaines : Biodiversité, Conservation,


Dans un contexte de réchauffement climatique globale, de pollutions diverses dues aux différentes activités humaines et de l’augmentation des constructions d’infrastructures dénaturant les côtes polynésiennes, on est en droit de s’inquiéter pour le devenir des coraux formant les récifs coralliens. Ceux-ci abritent les écosystèmes marins les plus riches et complexes, ce qui les a rendu fameux pour leur beauté mais qui les rend également très fragiles face au moindre changement des conditions environnementales. Entre 1993 et 1994, l’approche descriptive selon des critères paysagers fût utilisée par Yannick CHANCERELLE pour étudier les fonds du lagon entourant Moorea, en Polynésie. Ce procédé, encore rare pour les paysages marins, permet de décrire les formations architecturales concernant l’organisation des structures inertes ou sessiles, mortes ou vivantes, les plus communes. Ainsi 52 paysages différents, répartis autour de l’île, furent décrits par 7 variables qualitatives ou semi-quantitatives. Ceux-ci correspondent à une zone de minimum 30m sur 50m, dont l’architecture est homogène. Ils furent ensuite réunis en 7 groupes de paysages semblables, représentant les 7 types de paysages pouvant être rencontrer autour de Moorea. Des paysages témoins furent ensuite décrits plus en détail, et enfin, grâce à la comparaison de ces données et des données récoltées par le satellite SPOT, les signaux lumineux réfléchis par la surface de l’eau furent traduits en données paysagères sur le terrain. Ceci a permis de dresser une carte de la répartition paysagère des récifs coralliens du lagon entourant Moorea. Il s’agit ici de refaire les même mesures de terrain de la première étape de la précédente thèse, en améliorant et en adaptant le protocole de récoltes des données décrivant les 7 même variables sur les même paysages, et de les comparer aux valeurs d’il y a 15 ans, afin d’étudier leur résilience. On complète donc la précédente description paysagère spatiale par une description paysagère temporelle, et ce, en comparant l’évolution de paysages semblables mais spatialement séparés, en le comparant à l’historique des perturbations naturelles ou anthropiques qu’ont subit ces différentes zones.

 Importance des récifs coralliens, et leur équilibre fragile :

Un organisme constructeur de récifs : le corail :

Les récifs coralliens sont les écosystèmes marins les plus productifs et diversifiés de la planète, comme les forêts tropicales des terres émergées. Pourtant les eaux tropicales environnantes sont en vérité pauvres du point de vue nutritionnel (Nanozine). L’existence de ces oasis ne tient en fait qu’à la biologie des animaux coloniaux, constructeurs de ces récifs : les coraux. Grâce à leur existence et à leur apport de nutriments et d’abris, ils font vivre des milliers d’espèces. Ces animaux font partie des Cnidaires de la classe des Anthozoaires et appartiennent pour la plupart à l’ordre des Sclératiniaires. Le corail est un polype qui vit dans une coupe rigide composée de carbonate de calcium qu’il sécrète lui-même. Les espèces de coraux dites hermatypiques possèdent une particularité qui leur a permis d’être hautement compétitifs dans les eaux tropicales et sub-tropicales, peu hospitalières : ils hébergent dans leurs tissus des algues microscopiques symbiotiques, les zooxanthelles (Dinoflagellés) du genre symbiodinium. Ces algues utilisent alors le gaz carbonique dissout dans l’eau de mer, l’azote et le phosphore minéral pour fabriquer, grâce à la photosynthèse, de la matière organique qui sera utilisée par le polype : elles apportent aux polypes jusqu’à 150% de leurs besoins énergétiques, ainsi que de l’oxygène, et recyclent leurs déchets (L. Montagioni, 2007). Cela fait des coraux des organismes mixotrophes, capables d’avoir une activité photosynthétique ainsi qu’une activité de prédation. Les zooxanthelles augmentent la production de calcaire qui peut être dix fois supérieure à celle des coraux démunis d’algues. La dépendance des coraux envers les algues varie selon les espèces et leur localisation. Les coraux coloniaux constituent l’infrastructure de base de l’écosystème, car ils forment en soudant leurs squelettes les uns aux autres de véritables murailles vivantes comprennant des milliers d’individus et pouvant s’étendre sur quelques mètres. Ces récifs, construits par dépôts successifs, s’élèvent de 1 à 100 cm par an et sont solides et persistants, même après la mort de l’animal (membres.lycos.fr/corailland).

Un écosystème très riche grâce aux colonies coralliennes :

Les édifices coralliens sont capables de modifier les conditions écologiques du milieu : De façon chimique en premier lieu tant par l’utilisation des nutriments du milieu que par les déchets qu’ils produisent. De façon physique également, en brisant la houle et stoppant les cyclones, ils protègent les littoraux qu’ils entourent. En moyenne, un récif corallien peut absorber 90% de la force d’impact d’une vague. Finalement, les récifs coralliens, véritables niches écologiques, servent de refuge, de protection, de pouponnière et de nourriture à de nombreuses espèces, et c’est 9 millions d’espèces, soit un tiers de la biodiversité marine, qui dépendent directement de ces oasis.

Du point de vue humain, ce n’est pas à moins de 70 000 à plus de 400 000 euros par kilomètre carré et par an que se chiffrent les bénéfices totaux tirés des récifs coralliens, à travers le tourisme, la perliculture, la pêche ou encore l’artisanat. Les récifs coralliens constituent un patrimoine culturel et traditionnel indissociable de la vie de beaucoup de peuples insulaires. De plus, le corail ainsi que d’autres organismes marins qu’ils abritent, trouvent des applications dans le domaine médical et pharmaceutique (Capitalisme durable, 28 mai 2007).

Des contraintes fortes qui en font un milieu fragile :

Les contraintes écologiques des récifs coralliens sont assez restrictives. En effet, les coraux sont tenus aux exigences des algues symbiotiques dont ils dépendent. Ici, il n’est question que des coraux dont les symbiontes utilisent la photosynthèse. En effet, de nouveaux types de récifs ont été découverts récemment dans les eaux froides et profondes, ceux-ci doivent leurs survie à des symbiontes utilisant une autre source d’énergie que la lumière. Les symbiontes photosynthétiques ne peuvent vivrent que dans la zone euphotique, dans laquelle pénètre la lumière. La répartition des coraux est également en relation avec la transparence de l’eau : la croissance est bonne jusqu’à une valeur de l’irradiance de 30 à 40 % (Site de l’IRD). De plus, les coraux supportent mal les exondations donc il existe une relation étroite avec les marées. Ils aiment une eau bien oxygénée, appauvrie en éléments nutritifs (conditions oligotrophiques), et une salinité normale (de 33 à 39g/L). Ces animaux ont aussi des seuils de tolérance concernant la température basse et haute de l’eau variable suivant les espèces. Globalement les récifs sont répartis dans les zones où la température hivernale reste supérieure à 18°C, et supporte mal une température supérieur à 35, voir 40°C (Lucien Montaggioni, 2007). Pour ces raisons, les récifs se sont établis autour des îles volcaniques et des côtes des zones tropicales, formant des récifs côtiers quand ils sont directement au bord des côtes, des récifs barrières quand, l’île s’étant enfoncée, ils l’entourent à distance, et des atolls, quand l’île qu’ils entouraient a totalement disparue. En effet, les récifs ont beaucoup évolués depuis leur récente apparition il y a 45 à 50 millions d’anées (www.snv.jussieu.fr/veuille/page2A4.html). Aujourd’hui, les archipels coralliens abritent une extraordinaire diversité d’espèces qui ont établis entre elles des relations très sophistiquées. Cette complexité du récif se traduit par une grande fragilité : c’est un milieu très facilement déstabilisé par des perturbations extérieures et la mort des coraux signifie la disparition ou la fuite de très nombreux animaux et l’asphyxie des écosystèmes côtiers inféodés aux récifs entourant des terres émergées.

Un milieu qui se dégrade :

Malheureusement, depuis une cinquantaine d’années on assiste à la dégradation des récifs coralliens au niveau mondial, et celle-ci ne fait que s’accélérer. Ceci, en majeure partie à cause de la superposition des impacts liés aux activités humaines et ceux liés aux phénomènes naturels, qui s’accentuent avec le réchauffement climatique. Des études montrent que près d’un tiers des coraux auraient été détruits ces dernières décennies et ce chiffre pourrait atteindre 60% d’ici 2030. A l’heure actuelle, 50% d’entre eux sont en mauvais état ou sur le point de disparaître (Capitalisme durable, 28 mai 2007).
 La pollution diminue les capacités des coraux à résister à leur dégradation et à se régénérer, tandis que la sur-exploitation due à la pêche déséquilibre la chaine trophique. De plus le réchauffement climatique globale a de très graves conséquences pour les récifs coralliens. Celui-ci provoque une montée rapide du niveau marin, ce qui contraint les coraux à le poursuivre pour assurer leur survie. De surcroît, il augmente la fréquence de catastrophes naturelles tel que El Nino, les tempêtes ou les cyclones qui ravagent les récifs qu’ils touchent de plein fouet, et un laps de temps suffisant est nécessaire entre chaque épisode afin de permettre aux récifs coralliens de se reconstituer. L’augmentation des rayonnements ultra-violet diminue également les capacités de régénération des récifs. De plus, l’acidification des océans due à l’absorption du CO2 excédentaire engendre la baisse de la concentration en carbonates et provoque la dissolution de l’aragonite, ce qui entraine une fragilisation des polypes voir l’arrêt total de leur productions. Et les prédictions des scientifiques sont alarmistes : Lorsque la température globale terrestre aura augmenté de 2 °C d’ici 2050 (scénario « optimiste » imagine par le GIEC) et que le taux de CO2 atmosphérique aura atteint 550 parties par million (ppm) , 98% des habitats des récifs coralliens baigneront dans des eaux trop acides selon Ken Caldeira (Stanford, Californie, AFP du 14/12/07). Les coraux devraient donc avoir commencé à décliner massivement et avoir tout a fait disparus en 2100. A moins d’envisager une adaptation de ces organismes à ces nouvelles conditions de vie, sujet sur lequel les scientifiques travaillent. Enfin, les coraux, vivant à la limite de leur seuil supérieur de tolérance lors des mois les plus chauds, subissent un phénomène de blanchiment, dû à la perte des pigments des zooxantelles ou à un rejet actif de ceux-ci par les polypes dès que la température dépasse de 1 à 3°C les normes estivales. Ce phénomène est suivi par une forte mortalité des colonies touchées, surtout dans les zones déjà fragilisées par la pollution. Et les coraux blanchis survivants se régénèrent difficilement, plusieurs années sont nécessaires pour qu’un récif n’assainisse et des cas de blanchiments successifs peuvent être fatals au corail (Lucien Montaggioni, 2007). Malheureusement, des phénomènes de blanchiment mondiaux sont observés de plus en plus fréquemment en raison du réchauffement climatique, alors que le premier ne fut observé qu’il y a une trentaine d’année. Des projections basées sur le réchauffement global prédisent que le blanchiment interviendra sur une base annuelle vers 2020 dans les Caraïbes, vers 2030 sur la Grande Barrière, et vers 2040 dans le Pacifique central (Projet de plan pluri-formation de l’EPHE).

 Etat des lieux en Polynésie française :

Une biodiversité spécifique : Dans les eaux de la Polynésie française, composée de 118 îles, on compte 1800 km² de formations coralliennes dont un linéaire de récif face à l’océan de plus de 200 km. Il a été recensé environ 1500 espèces de mollusques, 170 de coraux, 800 de poissons, 350 d’algues et 30 d’échinodermes. A la fragilité inhérente au récif s’ajoute l’isolement de la Polynésie au centre du Pacifique entraînant une pauvreté du nombre des espèces polynésiennes par rapport à d’autres récifs : en effet, il est très difficile d’atteindre ces îles perdues au milieu de l’océan afin de les coloniser ; peu d’espèces parviennent jusqu’à la Polynésie. Cet isolement entraine également une spécialisation importante des espèces qui, évoluant en vase clos deviennent dès lors moins résistantes à toutes les agressions naturelles et humaines que subissent les récifs coralliens.

Une évolution de la dégradation des récifs Polynésiens :

Toutefois, le bilan de santé des récifs coralliens polynésien est plutôt positif par rapport à ceux du reste du monde grâce au fait qu’un tiers des îles sont inhabitées (Bernard Salvat, 2007). Selon une étude menée par l’équipe du professeur René Galzin sur l’île de Moorea (référence non disponible pour l’instant, la bibliographie du site Prosciences étant en construction), les récifs semblent dans l’ensemble en phase de régénération depuis une période de cyclones datant des années 80 (plus de 80 % des coraux de l’extérieur de l’atoll de Tikehau ont été détruits, Loïc Charpy et Chantal Conand). Mais l’état de santé des récifs coralliens est très variable selon les pressions démographiques qu’ils subissent et certains signes inquiétants apparaissent dans les îles à forte pression anthropique, c’est à dire humaine, comme par exemple la destruction de 20 % des récifs frangeants des zones urbaines de Tahiti et au moins 6% dans les îles Sous le Vent. De plus un certain déclin de la qualité du récif à Moorea depuis les 25 dernières années est observé, avec une domination des algues au détriment des coraux constructeurs, une réduction de la population de poissons dans certains lagons, et une diminution de la biodiversité des coraux : certaines espèces plus résistantes dominent les autres. Enfin une menace importante pèse sur 56% des récifs à Bora Bora (Prosciences).

Les dégradations humaines des récifs coralliens sont, comme partout, dues à la pollution par les sédiments terrigènes (érosion des sols) et les eaux usées, l’extraction de matériaux coralliens et la construction de remblais (50% de la ligne de rivage a été modifiée à Tahiti) ; la surexploitation des ressources marines, comme par exemple le triton, principal prédateur de l’étoile de mer épineuse qui pullule et dévore les coraux ; les activités récréatives (ancre des bateaux, plongée) ; la construction des hôtels ou encore l’artisanat utilisant les ressources récifales, comme les coquillages ou les perles (Prosciences). Pour endiguer l’effet direct des activités des habitants, diverses mesures ont été adoptées, en particulier la mise en place du Plan de Gestion de l’Espace Maritime (PGEM), du Plan Général d’Aménagement (PGA), et du programme de veille « Reef check ». Certains atolls ont également été classés en réserve naturelle, et des zones détériorées sont restaurées. Enfin, on assiste au développement d’associations de protection de l’environnement, ou de sensibilisation du grand public. Malheureusement, ces mesures sont impuissantes face à la menace imminente que représente le réchauffement climatique global pour les récifs coralliens polynésiens. En effet l’archipel a subit 7 épisodes de blanchiment depuis 20 ans (Caroline Idoux).

 Commentaires sur l’utilité de l’ « écologie du paysage » :

Dans un monde qui subit l’impact croissant des activités humaines, il est primordiale de conserver la richesse de notre biodiversité. Pour cela, il est nécessaire de mesurer les évolutions des écosystèmes à long terme et à une large échelle afin de comprendre la réalité, leur réorganisation après une perturbation, d’origine naturelle ou anthropique. Cette résilience de l’écosystème nécessite la réorganisation de ses composants, comme les espèces qui le constituent ou son substrat, mais aussi des interactions qui les lient. C’est ainsi que la notion d’étude de paysage prend du sens. Pour un écologiste un paysage est composé de la végétation d’une étendue, associées à un certain substrat ou sol, et de la faune fixe. L’impact d’une perturbation sur un écosystème puis sa résilience sont rarement uniformes, c’est pourquoi, la gestion des écosystèmes passe par l’analyse spatiale à l’échelle du paysage, mais cela doit être complété par l’analyse de leur dynamique. C’est ainsi qu’est né le concept de sensibilité des paysage, aussi connu sous le nom de facteur de sécurité ou d’index de stabilité, qui peut être compris comme étant la moyenne entre l’instabilité et la stabilité du paysage. Ce facteur est décrit en fonction de distributions spatiales et temporelles des forces résistantes et perturbatrices du paysage. La résistance d’un système est décrit par ses propriétés comme sa structure, son efficacité de couplage, ses capacités d’absorption des chocs, sa complexité ou sa résilience. Les forces perturbatrices peuvent être de nature tectonique, climatique, biotique, ou encore et surtout anthropique. Il est fréquent qu’un système, étant dans un équilibre stable, résiste aux changements jusqu’à ce que les valeurs seuils des paramètres du système soient dépassées. C’est dans cet optique qu’à été réalisée l’analyse spatiale des paysages coralliens autour de Moorea dans la thèse présentée ci-dessous, et le but de la nouvelle recherche est d’étudier l’évolution temporelle de ces mêmes paysages.

 Présentation de la thèse sur la caractérisation des paysages récifaux :

Entre 1993 et 1994, l’approche descriptive selon des critères paysagers fut utilisée par Yannick CHANCERELLE pour étudier les fonds du lagon entourant Moorea, en Polynésie. Ce procédé, encore rare pour les paysages marins en raison des difficultés d’accessibilité et de visibilité, permet de décrire les formations architecturales concernant l’organisation des structures inertes ou sessiles, c’est à dire fixées sur le fond, mortes ou vivantes, les plus communes. La première phase de ce travail consistait à effectuer une pré-prospection , en faisant l’inventaire des paysages sous-marins autour de Moorea. Cette étude s’intéressait à la répartition des espèces influencée par des conditions abiotiques. Ainsi c’est l’association des espèces en colonie qui forment les récifs et des autres composants sessiles vivants (algues et coraux mou) ainsi que les composés détritiques (sable, débris calcaires, roche calcaire biogène) qui servaient à caractériser des zones distinctes sur le récif. Ici « un paysage corallien » est une aire de récif de dimensions définies de façon à ce qu’elle soit visible par un plongeur sous l’eau. Cette zone est architecturellement constante dans l’organisation des structures qui reposent sur le fond. Ces structures se définissent par leur forme en trois dimensions, par leur nature et par leur quantité. On exclut donc leur couleurs ou les espèces pélagiques y habitant, tel que les poissons. Afin de recenser la plus grande variété de paysages possibles, 7 radiales perpendiculaires à la côte, du récif frangeant à la pente externe, réparties sur tout le pourtour de Moorea furent étudiées. Certaines limites géographiques se sont imposées dans le choix de ces zones : pour des raison de visibilité la limite bathymétrique fut définie à 20m de profondeur. De plus les grandes baies d’Opunohu et Cook, qui sont des entités géographiques distinctes correspondant à des écosystèmes particuliers non strictement récifaux ont été évitées. Enfin, les passes où le travail est difficile en raison des forts courants et des déferlantes qui s’abattent sur ces zones ont été également supprimées des zones d’étude possibles. La prise de mesure résidait dans l’évaluation à la vue de 7 variables qualitatives ou semi-quantitatives à chaque instant des paysages à 15m de part et d’autre de la radiale (limites de visibilité), selon un code échelonné de 1 à 4 pour chacune de ces variables. Une fraction de radiale était considérée comme étant un paysage quand les variables étaient homogène partout dans la paysage, ce qui n’est pas le cas dans les zones de transition, et quand ces dimensions étaient d’un minimum de 30 m sur 50. La technique de terrain utilisée pour ce faire était l’observation à la vue, grâce à la technique de l’apnée tractée, ce qui est relativement subjectif. Les 7 variables qui ont été utilisées pour évaluer les caractéristiques des paysages sont :

la nature du plancher dominant ( sable, débris, dalle ou hétérogène), la forme dominante des colonies (encroûtante, massive, branchue ou hétérogène), la hauteur moyenne des colonies (basse, moyenne, haute ou hétérogène), la hauteur moyenne des structures mortes (comme pour la précédente), la couverture en structure morte (très faible (moins de 5%), faible (moins de 15%), moyenne (moins de 25%) ou forte), la couverture en corail vivant ( comme pour la précédente), et enfin, les critères particuliers (inexistants, peu marqués, marqués ou très marqués). Puis un dendogramme fut réalisé sur les descriptions chiffrées des 52 paysages, compris entre 0 et 15 m de profondeur, qui furent décrits (on compte de 7 à 11 paysages par radiales). afin de classer ces paysages selon leurs ressemblances. Ceci a permis de classer ces paysages en 7 groupes de paysages, correspondant à 7 strates spatialement discontinues. Ces groupes sont les suivants :
- groupe I : « Fond sableux » caractérisé par un faible densité en corail vivant, pour la plupart des colonies encroûtantes, et d’un fort recouvrement en sable : il est représenté par 11 paysages sur le récif frangeant ou le platier.
- groupe II « Fond à coraux branchus » caractéristique en raison d’une forte densité en corail vivant, sous forme libre ou de colonies non intriquées, et un fort recouvrement en substrat dur : 14 paysages situés sur la pente externe (plus profonds).
- groupe III « Fond à structures mortes » Les colonies y sont des branchus intriquées et foliacées, et les structures mortes y sont particulièrement rugueuses : 3 paysages situés sur le récif frangeant.
- groupe IV « Fond à coraux Acropora renversés » caractérisé seulement par un très fort recouvrement en substrat dur : 2 paysages sur le platier et sur le récif frangeant.
- groupe V « Fond sablo-détritique » il y a beaucoup de débris et une forte occurence de colonies massives, de grandes dimensions et sphériques : 1 paysage, sur le platier, côté récif barrière.
- groupe VI « Fond détritique » caractéristique par la présence de beaucoup de débris, et de peu de corail vivant, constitué en majorité par des colonies massives, de grandes dimensions, mais de faible densité : 4 paysages, sur le platier ou sur la pente externe.
- groupe VII « Fond à coraux massifs » c’est le paysage tampon, dont toutes les variables sont moyennes : 17 paysages, situés sur le platier. Des paysages témoins furent ensuite décrits plus en détail, grâce à 17 variables. Dans cette partie la technique des transects linéaires, plus fiable que la simple estimation à la vue, fût utilisée. Enfin la comparaison de ces données et des données récoltées par le satellite SPOT, les signaux lumineux réfléchis par la surface de l’eau furent traduits en données paysagères sur le terrain. Ceci a permis de dresser une carte de la répartition paysagère des récifs coralliens du lagon entourant Moorea. Ils en ressortait que les paysages composant le lagon entourant Moorea se succédaient régulièrement sur une bande de 200m parallèle à la crête récifale. Une certaine disparité fut observée entre les côtes : à l’ouest il y a généralement un fort recouvrement en paysages type « sables purs coralliens », tandis qu’au nord les paysages sont plus hétérogènes, et ceux « à débris » sont importants, à l’est enfin, une relative hétérogénéité fut observée dans les zones étudiées.

A l’issue de cette recherche, l’auteur fit remarquer que cette description spatiale des paysages récifaux, requière d’être complétée par une description de leur évolution dans le temps. En effet, ceux-ci varient à cause d’événements de nature anthropique (aménagement, pollutions diverses, exploitation du milieu...), d’ordre naturel (événement catastrophique, météorologique ou écologique, variation naturelle des peuplements...) ou liés au changements globaux de climat (élévation du niveau marin, modification de la fréquence et de la localisation des cyclones, augmentation de la température...). C’est dans ce contexte que cette recherche vient s’intégrer. Il s’agit ici de refaire les mêmes mesures de terrain que pour cette thèse, 15 ans plus tard. Il s’agit également d’améliorer en adaptant le protocole de récoltes des données décrivant les 7 mêmes variables sur les mêmes paysage. Les nouvelles mesures doivent être compatible avec les anciennes, afin de pouvoir les comparer les unes aux autres, mais il serait souhaitable de diminuer la subjectivité de la simple estimation visuelle : il est envisagé d’utiliser systématiquement les transect linéaires, ainsi que la mesure sur photographie. Ensuite la comparaison des descriptions des mêmes radiales selon ces 7 variables pourra nous amener à répondre à ces questions : Les paysages décrits il y a 15ans ont-ils été modifiés ? Ont-ils migré ? Comment ont changé les proportions d’occupation de ces paysages ? Est-ce que de nouveaux profils de paysages sont apparus ? L’évolution observée est-elle la même pour toutes les radiales ? Est-ce que les paysages ont tous évolué à la même vitesse ? L’évolution des paysages coralliens est-elle plutôt de l’ordre de la reconstitution ou de la dégradation de l’écosystème ? En marge de cela un concept intéressant à développer et celui de l’approche photographique dans le suivi avec à terme la mise en place d’un observatoire photographique des paysages sous marins récifaux. Enfin, un prémice d’explication à ces changements sera réalisé, par l’étude en parallèle de l’historique des zones étudiées, en particulier des perturbations anthropiques et des catastrophes naturelles qu’elles ont subies.

 Références :

Papier scientifique :

présentation de thèse : « blanchissement corallien : des marqueurs fonctionnels à la gestion de l’écosystème », au sein du laboratoire de biologie et ecologie tropicale et méditerranéenne, UMR CNRS-EPHE-UPDV 5244, Perpignan.

thèse de Yannick Chancerelle, 1996, Caractérisation des paysages récifaux sous-marins de l’île de Moorea (Polynésie Française), Université Française du Pacifique, CRIOBE, EPHE.

Bengtsson J., Angelstam P., Elmqvist E., Emanuelsson U., Folke C., Ihse M., Moberg F. & Nyström M., 2003, Reserves, Résilience and Dynamic Landscapes, Ambio, 32 (6) septembre, pp : 389-396.

Bernard Salvat, 2007, état de santé des récifs coralliens de l’outre-mer français pour l’action globale du « global coral reef monitoring programme »

Brunsden D., 2001, A critical assessment of the sensitivity concept in geomorphology, Catena 42, pp : 99-123.

Miles J., Cummins R.P., French D.D., Gardner S., Orr J.L. & Shewry M.C., 2001, Landscape sensitivity : an ecological view, Catena 42, pp : 125-141.

Thomas M.F., 2001, Landscape sensitivity in time and space – an introduction, Catena 42, pp:83-98

livres :

Lucien Montaggioni, 2007, Coraux et récifs archives du climat, Vuibert Intéraction

Sites internet :

AFP, 14 décembre 2007 www.tv5org/TV5Site/info/article-La_survie_des_recifs_coralliens_tres_menacee_par_l_augmentation_du_CO2.htm ?idrub=14&xml=071214161358.mmj8pedm.xml>

Association prosciences, promotion de la science en Polynésie : www.proscience.pf/action.php?page=3_141

Glossaire de l’environnement du littoral de l’IFRECOR, http://www.ifremer.fr/envlit/glossa...

Capitalisme durable, 28 mai 2007 www.capitalismedurable.com/site/bre...

Les sources de l’info www.lessourcesdelinfo.info/Pacifique,-si-les-coraux-vont-bien-le-poisson-se-fait-plus-rare_a1107.html

Futura-sciences, par Caroline Idoux, le 9 janvier 2002 www.futura-sciences.com/fr/sinforme...

Nanozine, le blog des fondus du nano récif nanozine.blogspot.com/2007/02/le-mode-de-nutrition-des-coraux-dans-le.html

Projet de plan pluri-formation de l’EPHE http://www.snv.jussieu.fr/veuille/p...

Site aquatique, l’écosystème corallien : membres.lycos.fr/corailland/

Site de l’IRD, par Chantla Conand, Ecomar(univ. Réunion) et Loïc Charpy, IRD www.com.univ-mrs.fr/IRD/atollpol/ec...

Stéphane Foucart, Le monde, 15 décembre 2007, vu de l’Université du Queensland Brisbane, Australie abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-990240@51-990320,0.html>

Wikipédia, définition de l’écologie du paysage, http://fr.wikipedia.org/wiki/Écologie_du_paysage



Anais FRAPSAUCE,
date de publication : 28 février 2008,
date de dernière mise à jour : 15 février 2013


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